Quand la tech s'invite chez les abeilles

Le monde apicole fait face à des mutations profondes, où l’effondrement de la biodiversité rencontre l’innovation technologique pour redéfinir la gestion de l’environnement.

Lors de ce talk, Franck Alétru, Président du Syndicat National d’Apiculture et Benjamin Poirot, co-fondateur d’Apinov, ont partagé leur expertise sur les enjeux actuels du cheptel apicole français. Ensemble, ils ont pu apporter un éclairage sur les solutions technologiques et le cadre réglementaire actuel, offrant aux organisations des clés pour transformer la contrainte écologique en levier de performance.

Les éléments clés

État des lieux : un déclin aux conséquences vitales

Le constat est sans appel : le cheptel français a perdu près de 45% de ses effectifs en 40 ans. Ce déclin n’est pas qu’une statistique environnementale, c’est une menace directe pour notre équilibre de vie.

  • Le « Service de Pollinisation » : on estime qu’un tiers de notre alimentation mondiale dépend directement des pollinisateurs. Sans eux, nos assiettes perdent leurs couleurs et leurs nutriments essentiels.

  • Un choc de biodiversité : les abeilles sont le premier maillon d’une réaction en chaîne. Moins de pollinisation signifie moins de graines et de baies, ce qui entraîne la disparition des oiseaux et des petits mammifères granivores. C’est toute la pyramide du vivant qui s’érode.

  • Souveraineté et économie : la France consomme 45 000 tonnes de miel par an mais n’en produit plus que 25 000. Au-delà du miel, le service rendu gratuitement par la nature à l’agriculture mondiale est estimé à 153 milliards d’euros par an. Son effondrement menace directement les rendements et les prix alimentaires.

La technologie comme une des solutions pour sauver l'espèce

Face à cette urgence, l’innovation permet d’objectiver les crises et de protéger les colonies :

  • Le suivi par RFID : cette technologie d’identification par radiofréquence (via des puces microscopiques collées sur les abeilles) permet de mesurer l’impact des pesticides sur leur capacité à retrouver la ruche, apportant des preuves scientifiques là où l’œil humain ne voit rien.

  • L’analyse de l’ADN environnemental : une méthode qui identifie la biodiversité florale à partir des traces génétiques laissées dans le miel. En 2025, 31 millions de fragments ont été analysés par Apinov pour cartographier l’état réel de nos paysages.

  • Le déploiement de l’IoT : l’Internet des Objets (capteurs et balances connectés) permet une surveillance des ruches à distance et en temps réel (poids, température), optimisant la survie des colonies face aux aléas climatiques.

"Collecter de la donnée à partir des colonies sur ce qui se passe dans les ruches ou à l'extérieur. Est-ce qu'elles sortent ? Est-ce qu'elles reviennent ? Le poids, l'humidité, l'hygrométrie, la température, etc (...) On fait un échantillon de miel, on regarde les traces ADN et ça nous renseigne sur la diversité. J'ai des données météo, des données liées à la dynamique de la colonie et des données sur la biodiversité. Tout ça nous renseigne sur ce qui se passe dans l'environnement."

La biodiversité au cœur de la stratégie des entreprises

La protection des pollinisateurs s’inscrit désormais dans un cadre réglementaire strict :

  • Cadre RSE & CSRD : au-delà de la démarche volontaire (RSE – Responsabilité Sociétale des Entreprises), la nouvelle directive européenne CSRD oblige désormais les entreprises à publier des indicateurs précis sur leur impact environnemental. Ces obligations s’étendent à toute la chaîne de valeur, impactant progressivement les PME et ETI. Une norme française existe pour la biosurveillance avec abeilles, ainsi qu’un guide méthodologique européen. Les données permettent aux entreprises d’obtenir des labels et de gagner des marchés.

  • Apinov travaille avec de grands comptes comme Vinci, Suez, Bouygues, Engie, qui installent des ruches sur leurs sites. 40% de l’activité se fait à l’international (San Francisco, New York, Londres, Madrid, Dublin). Les apiculteurs sont rémunérés pour installer des ruches et faire des prélèvements, créant une activité complémentaire stable face aux aléas climatiques. Les interlocuteurs sont principalement les responsables QSE ou directeurs de site.
  • Intelligence Artificielle : l’IA devient une alliée majeure, permettant un gain de temps de 50% sur le traitement des données et la rédaction des rapports de durabilité.

Conclusion

L’apiculture moderne devient une sentinelle indispensable. Elle offre aux entreprises une opportunité de concrétiser leurs engagements par des preuves scientifiques. Face au dérèglement climatique, la collaboration entre apiculteurs, experts de la tech et décideurs, est la condition sine qua non pour assurer la résilience de nos territoires et la sécurité de notre chaîne alimentaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Les preuves scientifiques : l’usage de la RFID pour démontrer l’impact des pesticides au-delà de la mortalité directe.

  • La viabilité économique : le modèle de partenariat entreprises-apiculteurs qui stabilise les revenus face aux aléas climatiques.

  • L’innovation data : l’utilisation de l’IA et de l’ADN environnemental pour rendre la biodiversité « lisible » et quantifiable.

Pour aller plus loin sur > la tech, les abeilles et le vivant

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